La fierté québécoise : qu'en reste-t-il? [Opinion]

06/01/2018

Pour vous, qu’est-ce qu’un Québécois? J’ai passé beaucoup de temps à me poser la question, mais je ne peux toujours pas y répondre. La seule chose que je sais est que moi, je suis Québécoise, et fière de l’être. Je célèbre mon histoire et ma culture. Culture qui, disent certains, est inexistante. Je soutiens et soutiendrai toujours que ceci est faux! Pourtant, une part de la population ne semble pas de mon avis, ce qui m’attriste grandement. Selon moi, les Québécois manquent d’affirmation culturelle et politique, et c’est ce dont je vais majoritairement traiter ici.

Pour vous expliquer ceci, faisons un petit voyage dans le temps. Destination: Québec, les années soixante. Plusieurs d’entre vous n’êtes pas sans savoir que la sixième décennie du siècle dernier fut l’une des plus marquantes pour le peuple québécois. On la nomme d’ailleurs la révolution tranquille. Elle a marqué un changement dans la personnalité de notre peuple. Les Canadiens-français, autrefois effacés et mis de côté par les anglophones (et par les Américains par la suite) qui avaient pris le contrôle économique et même politique de la région lors de la guerre de la Conquête et qui, même après la création du Canada et le rapatriement de la constitution, continuaient de le faire, ont osé pour la première fois depuis s’affirmer maîtres chez eux. Le nationalisme québécois monta. Ceci mena à un mouvement si fort que, en 1976, René Lévesque et la Parti Québécois prirent la tête de la Province. Ils firent voter, pour la défense du peuple francophone, la Charte de la langue française, composée à la demande du Premier Ministre par le Ministre du développement de l’époque, Camille Laurin. Puis, en 1980 vint le premier référendum sur la souveraineté-association. Celui-ci n’ayant pas récolté autant de votes favorables que son instigateur ne l’aurait souhaité, René Lévesque s’adressa au peuple en ces mots « Si j’ai bien compris, vous êtes en train de me dire à la prochaine fois. » Cette prochaine fois devait se produire une quinzaine d’années plus tard, soit en 1995. Le résultat de ce deuxième référendum: 49,42% en faveur de la séparation du Québec, 50,5% contre. Le nationalisme si fort à cette époque, ce qui se reflète par les résultats du vote pour la souveraineté, ne devait par la suite que chuter. Je ne crois pas être en mesure, n’ayant pas fait d’études spécialisées en la matière, de nommer les causes exactes de la chute, mais elle est facile à constater de nos jours.

 

Une étude effectuée en 2014 par La Presse auprès de plus de 500 jeunes québécois de 18 à 24 ans révèle la gravité de notre situation actuelle. À une question sur la souveraineté, 69% des répondants s’affirmèrent contre, et seulement 31% pour. Cette chute d’environ 20% est étonnante, considérant le fait que, seulement 19 ans plus tôt, environ la moitié de la population québécoise souhaitait voir sa province devenir indépendante. 60% des jeunes interrogés avouèrent aussi vouloir vivre ailleurs qu’ici. Avons-nous à ce point perdu confiance en notre patrie? Il semble bien. On peut aussi dénoter dans la province une certaine hésitation au niveau électoral: de 2001 à 2014, le Parti à notre tête changea 4 fois. Le peuple semble toujours osciller entre le Parti Libéral et le Parti Québécois, représentant l’intérêt nationaliste de notre - et je parle bien ici du Québec - mère patrie. Selon moi, l’hésitation au sujet de la légitimité de notre peuple démontre bien une perte d’identité chez nous.

La situation est aussi alarmante au niveau culturel. Le meilleur exemple de ceci est sans doute le cinéma. En 2017, le journal de Montréal ne nommait dans son top 10 des meilleurs films de l’année aucun film québécois. Le Paris Match, périodique français, recommandait sept films au moins partiellement français dans son palmarès, lui aussi sur 10. Et ce n’était pas comme si aucun film québécois n’avait pris l’affiche l’an dernier! Au contraire. En fait, 35 ont paru en salle. Je ne vois pas d’où cet écart peut venir, sinon d’un abandon de notre feu sentiment de fierté nationale. Plusieurs exemples de cette dissociation peuvent être observés côté musique et arts visuels également. Le Québec est bourré d’une jeunesse avec du talent à en revendre, mais qui le reconnaît, ce talent? Pas assez d’autorités, selon moi. Les Québécois semblent d’ailleurs peu capables de se tailler une place sur la scène internationale. Quelques directeurs et producteurs tels Xavier Dolan ont réussi ce tour de force, et je les applaudis pour cet exploit, mais qui viendra prendre leur place quand ces grands auront tiré leur chapeau? Un jeune à qui on dit que le Québec est un trou, que ce que sa culture produit est de la « marde » et qu’il n’a aucune chance contre des joueurs étrangers? J’en doute fort, mais je souhaite voir la situation s’améliorer.

Je conclurai en disant ceci : malgré le détachement des québécois face à une fierté nationale jadis si puissante, je reste fière de ma nation, de sa culture, de sa riche histoire. Je pense souvent aux Patriotes qui se sont rebellés face à l’oppression de leurs gens, à ces emblèmes d’un sentiment de nationalisme plus fort que le plus déterminé des assimilateurs. Je revois toutes les batailles qui ont du être menées pour obtenir nos droits - que l’on prend de nos jours pour acquis si souvent - autant celles qui ont été gagnées que celles qui ne l’ont pas été. Je me remémore tout ce qui a été tenté et mis en place pour protéger ce que nous, en 2018, recevrions en héritage: notre langue, nos valeurs, de belles traditions, et je prie pour que ces efforts herculéens n’aient pas été en vain.

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