Philippe Marquis : un jeune inspirant [Entrevue]

06/01/2018

Philippe est un jeune très mature qui, par sa persévérance à travers la maladie, nous enseigne une importante leçon d’humilité. Pratiquant le hockey en tant que gardien de but, il aurait pu rapidement abandonner ce sport à cause des difficultés liées à sa condition qu’il y a rencontrées, mais ce n’est pourtant pas ce qu’il a fait. Ainsi, vous comprendrez au fil de cet entretien pourquoi ce jeune homme, dont l’empathie et le travail acharné se démarquent, est une source d’inspiration en chair et en os.


Philippe, peux-tu nous raconter ton parcours, de ta naissance à aujourd’hui?
« Je suis né avec une malformation cardiaque, la tétralogie de Fallot. Pour décrire cette condition de manière simple, le sang circulait entre mes ventricules en passant par des trous qui n’auraient pas dû s’y trouver. De plus, à ma naissance, je n’avais pas d’artère pulmonaire. C’est à six mois que l’on m’a mis une valve. De nouveau à cinq ans, à douze ans et l’an dernier, à 16 ans. Dans mon cas, la conséquence de cette condition est la diminution de ma capacité à l’effort, car mon sang est plus difficilement oxygénable. »


Quels ont été les impacts de ta condition sur ta santé mentale? Comment tes proches ont vécu et vivent avec ta condition?
« Pour moi, la difficulté est principalement arrivée avec le secondaire et l’adolescence. C’est à ce moment que j’ai commencé à me comparer à d’autres jeunes. Souvent, j’observais ce que d’autres pouvaient faire, mais que je ne pouvais pas. Cette comparaison, je la faisais aussi au hockey où le rêve de plusieurs joueurs de hockey de mon équipe était et est de se rendre dans la Ligue nationale. Tôt, j’ai réalisé que ce rêve n’était pas pour moi : ma condition physique m’en rend incapable. Je ne cacherai pas que cette prise de conscience a été difficile, mais en regardant en arrière, je crois qu’elle m’a toutefois permis de mieux me connaître : j’ai dû reconsidérer mes forces, mes faiblesses et mes passions. Pour ce qui est de mes parents, ceux-ci aussi vivent assez bien avec cela et s’assurent de m’aider beaucoup. Lors des chirurgies, ceux-ci sont souvent plus stressés que moi! En effet, lors de ma chirurgie à cinq ans, je ne réalisais pas vraiment l’ampleur de celle-ci et n’était donc que modérément stressé. Vous l’aurez compris, l’an dernier, j’étais beaucoup plus conscient des risques et des dangers et cela a évidemment amené plus de stress. Ma plus petite chirurgie a été de huit heures et ma plus grosse de seize heures. »


Mis à part la Ligue nationale de hockey, quels autres deuils as-tu dû faire?
« J’aurais aimé jouer au soccer, comme mes sœurs. J’ai essayé un entraînement, mais cela n’a duré que dix minutes, car j’étais déjà épuisé. Au niveau du sport, il y a eu plusieurs deuils. Sinon, j’ai assez bien vécu les choses. »


Qu’est-ce qui t’a aidé à surmonter les épreuves?
« C’est vraiment, à mon avis, mon introspection qui m’a permis d’avancer. Elle m’a été très bénéfique. C’est à ce moment que je me suis découvert un intérêt pour la médecine. Ayant moi-même vécu ce qu’est la réalité liée à une condition médicale, j’ai développé une empathie pour ce que vivent les autres. Les encouragements de mes parents, de même que leurs petits cadeaux, qui en d’autres cas pourraient paraitre banals, m’ont aidé dans les moments plus éprouvants. Passer au travers des épreuves a été plus facile avec mes coéquipiers, qui ont su m’épauler et me laisser aller à mon rythme, de même qu’avec mes entraîneurs qui ont su s’adapter et me créer des programmes spécifiques. Je croyais que cela allait être plus difficile psychologiquement pour moi en grandissant que ce ne l’a été, ce qui est très positif. »


Qu’est-ce que cela t’a apporté en tant que personne?
« Faire face à des obstacles et les surmonter m’a certainement rendu plus fort psychologiquement. Je suis convaincu que ma condition a fait de moi la personne que je suis aujourd’hui en forgeant des valeurs et des qualités que je n’aurais probablement pas eues sans elle. Si j’avais à changer de vie avec quelqu’un, je crois que je ne le ferais même pas tellement cela a été positif pour moi, malgré les obstacles. »


En entrant au secondaire, as-tu pensé à cacher ta condition?
« Honnêtement, j’essaie le plus possible de cacher celle-ci, sauf au hockey où cela m’apparait difficile à faire. Je ne le fais pas par gêne (bien que je trouve quand même cela encore un peu gênant), mais je me sens plus à l’aise de le dire qu’aux gens en qui j’ai confiance. »


Quelles épreuves te reste-t-il à surmonter?
« J’ai parlé au début d’une valve qui a dû être changée selon ma croissance (elle ne grandit pas avec moi), donc seul le futur me dira si cette valve devra être changée une nouvelle fois. Sinon, il me reste les questionnements que j’ai parfois qui tournent autour de comment je me sentirai plus tard, ou de s’il y a des risques dans certaines activités. Ces questions ont lieu d’être, à mon avis, car je dois être réaliste face à ma condition. Finalement, j’arrête le hockey l’an prochain lors de mon entrée au cégep pour me concentrer sur mes études, et cela reste une petite épreuve en soi. »


À travers ses propos réfléchis et sensés, Philippe nous fait comprendre l’impact de la positivité lorsque vient le temps de traverser des épreuves. D’ici à ce qu’il puisse soigner et faire une différence dans la vie de ses patients, je lui souhaite de rester lui-même pour pouvoir continuer à inspirer les gens qui l’entourent.

 

 

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Correction et révision : Ève Dubois

 

 

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