Quand la laïcité est nécessaire [Opinion]

06/01/2018

La laïcité est un concept extrêmement inclusif — quoi qu’en disent certains. Elle a notamment pour mission de refléter notre vertu québécoise qu’est l’égalité entre les hommes et les femmes. Elle vise, par ailleurs, à ne pas favoriser ou défavoriser une religion plus qu’une autre. Or, il semble que certains médias utilisent cet enjeu actuellement pour semer la peur au sein de la société québécoise en nous prêtant des qualificatifs de «repli sur nous-mêmes», de «division», «d’exclusion». Et ici, je parle des multiculturalistes, mais cela s’adresse aussi aux identitaires radicaux n’essuyant pas la moindre opinion adverse. Comme tout autre aspect politique, nous avons profondément le droit d’en débattre largement. En débattre collectivement, c’est non seulement une preuve démocratique, mais aussi l’illustration que toute notion politique mérite d’être discutée. Les enjeux identitaires sont aussi valables que les enjeux de mobilité durable, d’éducation, de justice, de santé, etc. Parce qu’à la base d’un peuple, il y a une identité qu’on ne peut cachée pour se permettre d’exister. Qu’on soit fédéraliste, autonomiste, nationaliste, souverainiste, personne ne peut niée la spécificité du Québec. Quand je me rendrai en France, je voudrai voir la culture locale. Quand je me rendrai en Inde, je voudrai voir la culture locale. Quand je me rendrai au Mexique, je voudrai voir la culture locale. Alors pourquoi le Québec ne serait-il pas en droit d’assumer le fait d’avoir sa propre culture? En passant par sa langue, sa laïcité, son accueil généreux & son intégration réussie de l’immigration, elle est belle et rayonnante la culture québécoise. Et défaisons le mythe tout de suite : être soi, ce n’est pas être meilleur ou pire que l’autre. C’est tout simplement être authentique. Et la beauté du monde ne réside-t-elle pas justement dans cette diversité affirmée? Évidemment, rien n’empêche une nation comme le Québec d’avoir des individus portant personnellement des convictions religieuses, sociales et politiques différentes les unes des autres. Mais de partager une langue et des valeurs communes, marquées par une histoire qui nous rassemble, c’est crucial. Et oui, il est très important, je crois, de s’ouvrir aux autres. Nous sommes en 2018, et en tant que jeune, il n’y a rien de plus inspirant que de rêver les voyages et les découvertes culturelles autour du globe. Par contre, il est aussi d’une importance capitale de ne pas fermer les yeux sur soi-même, de ne pas oublier qui l’on est — autant cliché que cela semble être —, de savoir ce qui nous différencie des autres, mais aussi ce qui nous en rapproche.

 

Bref, revenons à la laïcité. Il est terriblement faux d’affirmer que la sécularisation est un concept qui divise. Au contraire, il s’agit d’un modèle de vivre-ensemble plus inclusif, à mon avis, que le multiculturalisme à la Trudeau qui traite tous ceux qui désirent un État neutre d’être xénophobes, racistes, islamophobes. Mais je suis également d’avis qu’une laïcité radicale serait contre-productive. Comme toujours, la modération est de mise. Elle doit être, à mon humble avis, utile pour le bien commun et respectueuse de la liberté et de l’égalité de chacun.

 

Nous le savons : la Révolution tranquille fut l’embryon de la société laïque qu’on connait aujourd’hui. Cette dernière a sorti l’influence religieuse de l’État, et cela a été une excellente chose. Quel musulman se serait senti accueilli dans un État catholique, si nous n’avions pas changé? Aucun. Et c’est pour cela que le Québec, déjà à cette époque, a adopté une mesure si progressiste et d’avant-garde.

 

Étrangement, nous semblons revenir à ce défi. On nous a parlé récemment de la possibilité qu’une policière puisse porter le hijab dans le cadre de ses fonctions. Comme la grande majorité des Québécoises et des Québécois, je n’ai absolument rien contre les musulmans, les juifs, les bouddhistes, les hindous, les protestants et autres. Ces concitoyens ont le droit, contrairement aux citoyens de plusieurs pays intégristes, d’exprimer leur foi dans leur quotidien. Mais lorsque ces derniers choisissent de représenter l’État — et donc l’ensemble des citoyens —, par un poste en autorité ou moral (juges, policiers, procureurs de la poursuite, gardiens de prison, éducateurs en CPE/garderies en milieu installé, professeurs préscolaire/primaire et secondaire), ils doivent mettre de côté toutes apparences religieuses pour la durée de leurs fonctions. Au même titre qu’ils ne peuvent porter un chandail de Trump ou porter une casquette des Eagles de Philadelphie sur leur tête, ils se doivent d’être neutres et de faire fit de leurs convictions religieuses personnelles. Je le répète, on ne parle pas de tous les emplois dans le secteur public et parapublic : on parle de quelques-uns très significatifs. Et même cela, ça brasse une certaine partie de la population. Pourtant la très grande majorité des pays du monde vont en ce sens — même les pays islamiques — sauf le Canada anglais bien-sûr, et peut-être maintenant le Québec... Il ne faut pas avoir peur de se tenir debout! Nous accueillons à bras ouverts (et c’est une bonne chose), mais il n’y a rien de mal ou d’exagéré à faire respecter un minimum de ce que nous prônons.

 

Évidemment, la laïcité s’exprime par plusieurs autres facteurs, notamment : la forte réglementation des objets religieux dans nos institutions publiques, les balises encadrant les demandes d’accommodements religieux, le visage découvert pour donner ou recevoir des services de l’État, le devoir de réserve des employés du secteur public et parapublic.

 

Bref, cessons d’avoir peur d’affirmer ce qu’on désire en tant que nation. Soyons fiers que le Québec ait la chance d’avoir un État neutre et inclusif où il fait bon vivre.

Mot(s)-clic :

Please reload

Édition à l'affiche

L'amour selon .... [Déclaration d'amour]

02/15/2020

1/10
Please reload

Publications récentes

02/13/2020

02/13/2020

02/13/2020

Please reload

Archives
Please reload

Recherche par #
Please reload

Conception originale : Gabriel Laflamme, élève de la cohorte 2013-2018

Financé et rendu possible grâce au Comité de parents

© 2018 Académie Saint-Louis  - TOUS DROITS RÉSERVÉS