Portrait d'une élève humble et réfléchie [Entrevue]

06/01/2018

Élève réfléchie, Yasmine est d’une humilité désarmante. Cette jeune femme s’est illustrée sur la scène internationale en taekwondo en avril dernier et ne l’a jamais publicisé. Ce n’est qu’en apprenant à la connaître que l’on comprend la place qu’occupe ce sport dans sa vie. S’entraînant à raison de cinq fois par semaine, il va sans dire que sa persévérance et sa détermination dans ses compétitions de haut niveau font d’elle une personne sur qui l’on devrait prendre exemple.

 

 

Yasmine, il semble que tu te sois démarquée en taekwondo cette année. Comment es-tu parvenue à te rendre à ce niveau?

« Étonnamment, j’ai commencé le taekwondo à l’âge de 11 ans, ce qui est assez vieux lorsque l’on pense à ces enfants qui commencent à quatre ou à cinq ans. À l’époque, une amie qui adorait ce sport me l’a fait découvrir et depuis je n’ai jamais arrêté. Ce sont les aspects variés de cette activité comme les conditionnements physique et mental et la partie technique du sport qui m’ont surtout attirée. 

Pour ce qui est de mon parcours au niveau des compétitions, j’ai commencé la compétition un an après avoir débuté ce sport. En effet, en taekwondo, chaque ceinture est liée à un niveau. Comme au début je n’étais qu’à la première ceinture, soit la ceinture blanche, où il n’y a pas de compétition offerte, j’ai dû attendre d’être à la prochaine ceinture pour participer à des tournois. Ce n’est que l’été dernier que j’ai obtenu ma ceinture noire, la dernière ceinture. Ainsi, la compétition en Tunisie à laquelle j’ai pris part était ma première compétition à l’échelle mondiale. De la même façon, j’ai obtenu ma qualification lors des championnats canadiens qui étaient mes premiers. Une histoire de premières fois, j’imagine!

En ce moment, j’ai des entraînements cinq fois durant la semaine, mais l’année prochaine, car j’ai fait des sacrifices au niveau de d’autres activités, j’en aurai sept. »

 

Il va sans dire que le sport de haut niveau apporte des hauts et des bas à l’athlète. Qu’est-ce qui te pousse à continuer dans les moments plus difficiles?

« Je ne mentirais pas en disant que le nombre assez grand d’entraînements peut parfois devenir lourd. C’est vraiment ce qui m’est le plus éprouvant, surtout lorsque s’ajoutent mes travaux et obligations scolaires. Pour moi, la persévérance passe par la fixation d’objectifs, donc cela se joue inévitablement au niveau psychologique. Je suis motivée par les compétitions à venir, que je vois comme des défis. Je me convaincs que tout le travail que je mets pour m’améliorer peut réellement porter fruit et m’aider à relever ces défis. Toutefois, je crois que la passion pour un travail ou un sport reste la plus grande source de motivation qui soit, et c’est pourquoi, étant encore passionnée, il m’est facile de vouloir repousser mes limites. Souvent, à la fin de mes journées d’école, je ressens le besoin d’aller m’entraîner, j’ai hâte! Bien entendu, mes parents sont aussi très présents pour m’aider à réaliser ce que je désire dans la vie. »

 

Quels sacrifices as-tu dû faire pour te rendre où tu es maintenant, ou quels sont ceux que tu devras faire dans le futur pour continuer à avancer?

« Après réflexions, j’ai choisi de faire mon cégep en trois ans pour réellement me donner une chance de réussir dans les sphères sportive et scolaire de ma vie. Ce choix a été déterminant pour moi qui ne considérais même pas cette option au départ. Mais en général, je vis très bien avec ce que le taekwondo implique et je suis prête à faire ce qu’il faut pour réaliser mes rêves. »

 

Qu’est-ce que cette activité physique t’apporte au quotidien?

« Une personne qui fait beaucoup de sport est souvent plus calme et détendue. Cela m’a aussi appris à gérer mon stress. Pour dire vrai, les examens et les présentations orales ne sont pas des sources d’anxiété pour moi comme elles le sont pour d’autres. Bien sûr, il reste chez moi un stress avant les compétitions, car je veux vraiment réussir, mais j’ose croire que c’est un bon stress. Aussi, ce sport a une belle façon d’intégrer la gestion du stress à l’activité physique. Je fais ici référence aux katas, des séries de mouvements brusques, mais calmes à la fois et qui nécessitent beaucoup de concentration, ce qui demande d’apprendre de gérer le stress.

 

Pourrais-tu nous décrire ton expérience aux championnats mondiaux?

« Étant dans les poids plus lourds (je suis quand même assez grande) je passais dans les dernières catégories durant les compétitions. Ainsi, j’avais le temps de regarder passer mes coéquipiers durant la journée, et de les encourager. Je ne crois pas qu’il y a de plus belle sensation que de faire ce que l’on aime à la journée longue (ce que j’ai pu faire) et c’est vraiment ce que je retiens de mon expérience. » 

 

Où espérerais-tu te rendre avec ce sport?

« Les Jeux Olympiques de 2020 sont dans mes objectifs. Cela ne me laisse que très peu de temps : le classement mondial est pris en compte que lorsque l’on est dans la catégorie senior, où l’âge minimum est de 17 ans. Mon classement mondial en tant que junior n’est donc pas regardé : je compétitionne pour acquérir de l’expérience. L’an prochain, il y a les championnats mondiaux dans la catégorie senior en Angleterre et y participer est mon objectif à court terme. Évidemment, j’aimerais bien y performer aussi.»

 

Yasmine était à l’aise de me parler de ses origines et de sa religion. Son père vient d’Algérie et sa mère est née au Québec. Elle est donc née ici, et a été élevée dans une famille musulmane. Rester ferme sur ses valeurs fait la force de son caractère. 

 

À quelle religion t’identifies-tu? 

« À l’Islam, donc je me considère musulmane. »

 

Es-tu très pratiquante?

« Oui, ma famille est très pratiquante et je le suis aussi. En ce moment, en date du 30 mai, c’est le Ramadan donc je ne peux manger que lorsqu’il fait noir. Ce jeûne, je le fais depuis plusieurs années. Par exemple, ce matin, je me suis levée à 2:45 pour manger et je vais manger de nouveau ce soir vers 20:25. Étonnamment, on s’y habitue assez rapidement, même moi qui adore manger. M’entraîner sans avoir mangé depuis un moment représente tout de même un défi. De plus, il y a les cinq prières par jour et la lecture du Coran qui sont importants dans ma famille. Parfois cette lecture surprend car, ici, nous ne sommes pas généralement portés à lire la Bible. Il y a également longtemps que je pense à porter le voile, et je crois que peut-être j’irai de l’avant lorsque je serai au cégep. »

 

Comment te sens-tu dans un environnement où plusieurs se sont détournés de la religion?

« Tout d’abord, je trouve cela plutôt difficile : ici, la religion n’est pas vraiment un sujet qu’il est possible d’aborder dans une conversation. Donc, cela se passe plus à la maison. C’est aussi complexe de garder à cœur mes valeurs dans une société où celles-ci ne sont pas nécessairement celles mises de l’avant. Je ne changerais pas celles-ci pour autant. »

 

Tu n’es pas sans savoir que plusieurs font de l’amalgame et qualifient les gens de ta religion de terroristes. Comment vis-tu avec cela?

« La généralisation que font certains ternit la réputation de cette religion et fait beaucoup de mal, car même si ces gens ne sont qu’un petit groupe, cela sème chez beaucoup le doute et parfois la peur, alors que cela n’a pas raison d’être. En quelques mots, cela a rendu plus difficile de vivre notre religion sans être jugés. »

 

 

Je souhaite à Yasmine de continuer d’être elle-même dans son sport qui la passionne tant, de même que dans sa religion. Future Olympienne ou faisant carrière dans le domaine des sciences, je suis convaincue que vous devriez vous rappeler du nom « Yasmine Kermiche », car un jour il sera associé à de grandes choses (et l’est même déjà).

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