En demander moins à la planète, est-ce TROP nous en demander? [Cours d'éthique]

L’Histoire nous aura appris que chaque époque a connu sa crise, et que chaque crise a connu sa révolution. En 2019, avec les perturbations climatiques, la droitisation du monde et la lassitude de la classe moyenne face aux institutions (gilets jaunes), les experts sont unanimes: le monde entrera bientôt dans une crise humanitaire si ce n’est pas déjà fait. En réaction, certains nous parleront du développement durable comme étant la solution idéale, alors que d’autres en diront que cela semble trop peu, trop tard et prôneront plutôt la décroissance. Pour eux, la solution repose sur une diminution de notre production, de notre consommation et, ainsi, de notre empreinte écologique. Alors qu’il est «Minuit moins une pour la planète» tel que Radio-Canada nous le rappellerait, l’heure est venue de se questionner quant au réalisme de cette solution. À mon avis, la décroissance est une solution réaliste pour des raisons physiques, mais sa viabilité dépend de divers facteurs culturels.

 

Sortir du cadre, mais duquel?

  D’abord, il me semble clair qu’avant de s’interroger sur le réalisme de la décroissance économique, il faut se demander si le modèle actuel, celui de la croissance économique, l’est tout autant. Comment pouvons-nous espérer croître perpétuellement dans un environnement qui, lui, comporte de réelles limites? Effectivement, la croissance implique une hausse continuelle du PIB, de la création de richesses et donc, ultimement, de la pollution, ou même l’épuisement des ressources naturelles. Pensez-y, nous sommes aujourd’hui en train de sortir du cadre physique (écosystèmes, biodiversité, climats, etc.) que nous a imposé la Terre il y a 4,5 milliards d’années simplement pour satisfaire notre désir de croissance. Alors, expliquez-moi donc en quoi notre système actuel peut s’avérer réaliste. Plusieurs études ont démontré l’irréalisme derrière ce dernier depuis le rapport «Meadows» de 1972 du MIT qui a lancé cette tendance, incluant la thèse de l’ingénieur François Briens, ayant démontré en plus  que le modèle décroissant nous permettrait de réduire de 75% notre empreinte écologique et de 80% notre empreinte carbone, et même le mémoire du maître en environnement de l’Université de Sherbrooke, Ovidiu Schiopu, qui, en 2017, a écrit : « Ce modèle émergent répond convenablement aux problèmes posés par les limites physiques de la croissance économique ». À la lumière de cela, il serait très facile pour moi de me contenter de l’avis de ces différents experts pour vous convaincre du réalisme de la décroissance économique auquel je crois tant. Néanmoins, l’Homme moderne a-t-il réellement besoin que des experts lui affirment le réalisme d’une solution qui libérerait le cadre physique qui nous entoure d’une pression énorme avant qu’il explose pour emboîter le pas? À mes yeux, il demeure plus que jamais essentiel d’entendre l’appel de la nature au plus vite. Comprenez-moi bien! Je suis totalement conscient qu’un tel changement économique demanderait un changement culturel majeur dans nos comportements, dans nos mentalités et même dans l’importance que nous accordons aux différentes institutions étant donné son utopisme visible. Et, pour plusieurs, c’est cet essentiel renouveau mental qui hypothèque le réalisme de la solution décroissante. Certes, il faudra sortir du cadre culturel que nous nous imposons quotidiennement, mais je suis convaincu qu’un exercice de sensibilisation majeur nous en rendra tous capables collectivement. Malheureusement, aucune étude ne pourra nous l’apprendre. C’est également ce que François Briens, un ingénieur ayant travaillé sur la modélisation prospective de scénarios de décroissance, a mentionné dans sa thèse: « Ce que propose la décroissance n’est rien de moins qu’un véritable pari anthropologique, celui de notre capacité à inventer de nouveaux mode de vie de vivre-ensemble et de société.» Alors, qu’attendons-nous avant de tourner le gouvernail vers un nouveau modèle? Faisons pression dès maintenant sur les entreprises et le gouvernement, et ils seront contraints de suivre étant donné leur dépendance envers notre argent, nos taxes et nos votes. Et, si c’est tout ce que le virage vers la décroissance implique, je suis assuré que ce n’est pas trop nous demander que de sortir du cadre culturel —et non physique— de notre environnement pour le bien de nos générations futures et celui de notre planète.

 

  En somme, bien qu’elle implique de nombreux changements radicaux dans notre culture et dans notre société, je suis d’avis que la décroissance est une solution réaliste —et même nécessaire— en constatant l’ampleur des limites physiques liées au modèle actuel. Ceci étant dit, je considère la décroissance économique comme étant la révolution qui nous sauvera de l’actuelle crise pour nous transporter vers une nouvelle période, tout comme l’Histoire l’a connu à maintes reprises. D’ailleurs, en pensant simplement, par exemple, à Martin Luther qui, au XVIe siècle, fut précurseur d’un mouvement de remise en question du clergé catholique alors que sa domination était très claire, je me demande si la population considérait sa solution protestante comme réaliste. Corollairement, je serais donc curieux de constater ce qu’il adviendrait du monde d’aujourd’hui si, à l’aube de chaque révolution historique, nous avions remis en question son réalisme avant d’aller de l’avant.

 

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