L'hyperconsommation, la drogue du 21e siècle [Cours de français]

05/31/2019

*Dans le cadre de leur dernier examen d’étape, les élèves de 5e secondaire devaient prendre position sur « le siècle de l’asservissement »… Puisque cette réalité a une influence de plus en plus marquée sur notre bien-être, nous vous en partageons quelques-uns. *

 

Vous est-il déjà arrivé de comparer la société du 21e siècle à celle de l’Antiquité? Vous découvrirez que, paradoxalement, elles sont très similaires. On pourrait même affirmer que l’unique différence qui existe entre celles-ci serait les avancées technologiques de notre époque. En effet, autrefois, il existait une philosophie très répandue : l’épicurisme. Celle-ci prône l’atteinte du bonheur par la satisfaction seule des plaisirs ; en d’autres mots, il s’agit d’une mentalité bien matérialiste et individualiste. Il semblerait que cela soit un calque parfait de notre réalité quelque 3000 ans plus tard. Nous vivons dans une société où l’hyperconsommation est si flagrante et omniprésente qu’il est à se demander si nous pouvons y résister. Malheureusement, quoique cela ne soit pas impossible, il est incroyablement difficile de bifurquer de ce moule sociétal qu’est devenue l’hyperconsommation, et ce, en raison du système et de notre caractère humain.

 

Tout d’abord, la raison pour laquelle peu de gens réussissent à adopter un mode de vie minimaliste est justement parce que le système est fait pour le contraire. Tout a été pensé pour encourager davantage la consommation et les achats impulsifs, que ce soit par les cartes de crédit et de fidélité, qui ont démocratisé la surconsommation, ou par les « soldes » qu’il ne faut surtout pas manquer. En effet, notre système capitaliste actuel, qui consiste à accumuler le plus de profits, a besoin de croissance économique constante pour survivre. Ce serait une catastrophe pour les dirigeants de grandes compagnies si la consommation stagnait. Or, ces derniers en sont venus à la conclusion que ce serait inévitablement le cas s’ils ne répondaient qu’aux besoins primaires de la population. Lorsque les gens atteignent le confort et la sécurité, à quoi bon continuer de dépenser? Ainsi, on a transformé nos besoins, qui peuvent être comblés, en désirs, qui ne pourront jamais réellement l’être, en faisant la promotion d’une culture consumériste. C’est comme cela que notre voiture n’est plus seulement qu’un moyen de transport, mais une preuve de notre statut social. Ainsi, il ne faut surtout pas oublier à quel point le marketing intrusif contribue à ce système d’autant plus depuis l’avènement d’Internet. En fait, nous sommes constamment épiés lorsque l’on se connecte à notre ordinateur. Toutes nos données, soit les pages que nous visitons, le temps passé sur ces pages ou bien les liens sur lesquels nous cliquons, valent de l’or pour les agences de marketing. Grâce à ces informations, il est facile pour celles-ci de créer des profils psychologiques pour ensuite nous montrer des publicités susceptibles de nous plaire. En d’autres mots, elles séduisent les consommateurs en leur servant ce qu’ils veulent déjà sur un plateau. Cette situation est encore plus scandaleuse et alarmante lorsque les politiciens en sont complices. En 2017, le Sénat américain a autorisé les fournisseurs d’accès Internet à vendre l’historique de navigation, la géolocalisation et le temps d’utilisation de ces utilisateurs à ces agences de marketing malfaisantes. C’est ainsi que par la transformation de nos besoins en désirs et par le marketing intrusif, le système contribue à rendre l'hyperconsommation davantage présente et inévitable.

 

Ensuite, c’est à cause de notre caractère humain que nous ne pourrons probablement jamais nous débarrasser de ce fléau qu’est la surconsommation. À vrai dire, nos valeurs ont grandement changé. Même si autrefois la famille était une valeur primordiale et acceptée de tous, nous avons fait un véritable 180° en tant que société, en devenant matérialistes et individualistes, des valeurs qui encouragent la consommation pour notre plaisir personnel. Mais pourquoi ce retournement si drastique? En réalité, il y a un malaise en occident, un « vide » suite au recul de la religion, des idéologies politiques et des traditions. Comme le dirait Philippe Moati, professeur en économie à l’Université de Paris 7 : « Le vide [ dû  à une perte d’identité et de sens à la vie de la société ] a fait le lit de l’hyperconsommation. » Naturellement, lorsqu’il y a un vide, l’homme essayera toujours de le remplir. La consommation est le gypse que l’homme utilise pour réparer le trou dans le mur puisque celle-ci vient avec une promesse de « bonheur ». Cependant, il semble que nous sommes incapables de faire la différence entre le plaisir éphémère et momentané que nous procurent le matériel et le vrai bonheur. Ou peut-être que nous en sommes conscients, mais que nous sommes devenus dépendants à notre confort futile. Alors, tant qu’il n’y aura rien par quoi remplacer la surconsommation, cette dernière persistera. Cette addiction que nous avons développée par rapport à la consommation est également une raison pour laquelle il est difficile de changer nos habitudes hyperconsuméristes. Effectivement, il existe trois aspects de l’emprise et l’un d’entre eux est le cercle d’appartenance. L’importance de ce dernier est souvent minimisée, mais c’est justement notre entourage, nos amis et notre famille qui exercent le plus d’influence sur nous. Ainsi, il est dans nos gènes de faire comme les autres, car nous sommes des mammifères sociaux qui ont peur du rejet. Alors, si les autres consomment, nous consommerons aussi. D’ailleurs, selon Roland Barthen, sémiologue, « les vêtements répondent à trois fonctions fondamentales : la protection, la pudeur et la parure ». Tout ce que l’on consomme est porteur de signes pour se distinguer et pour affirmer son appartenance sociale, un besoin de la pyramide de Maslow. On peut ainsi mettre la faute sur le caractère humain caractérisé par l’addiction du confort futile et l’influence de son entourage.

 

Pour conclure, il est fortement difficile de résister à l’hyperconsommation de notre ère dû au système qui nous manipule par les désirs et le marketing, ainsi qu’à nos caractéristiques humaines, comme le désir de confort, même si celui-ci est vide de sens, et notre besoin d’appartenance sociale. Bref, même si nous avons adopté une philosophie épicurienne en occident, il est intéressant de constater que ce n’est pas nécessairement le cas ailleurs. Prenons seulement l’exemple de l’Asie où une philosophie totalement divergente prévaut: le Bouddhisme enseigne que l’origine de la souffrance est le désir. Ne devrions-nous peut-être pas prendre exemple sur cette façon de penser , ici au Québec, pour être plus heureux?

 

 

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